musique et spiritualité (John Cage en particulier)

23 février 2017

Veillir et mourir

Récemment des gens autour de moi évoquaient des membres de leur famille mourant ou dans une situation critique. Et je me demandais suite à ces discussions ce qui pouvait bien provoquer la vieillesse, la maladie et la.mort. Inutile de dire que je ne vais pas faire le tour de la question mais il m'est apparu que le sens d'une "fatigue" était omniprésente. En un sens les gens meurent parce qu'ils sont fatigués de vivre. Les gens vieillissent parce qu'ils sont fatigués de la jeunesse.

Alors je me suis demandé ce qui pouvait bien provoquer cette fatigue. La plupart d'entre nous nourrissons certaines passions ou devrais-je dire attractions. Et bien souvent assez uniques, en fait l'attraction se porte sur un certain type d'objets. Bon par exemple certains aiment bien manger et boire. Mais il arrive un moment où apparaît une lassitude, assez inconsciente je pense et qui fait que manger et boire va devenir destructeur. Parce que ça devient en violation avec les changements énergétiques profonds. Là-dedans souhaite que l'attention se porte ailleurs mais le mental demeure sur ses positions. Alors bien sûr le corps devient malade. Et à la fin plus personne ne semble avoir envie de manger. Ça peut provoquer des dépressions je pense jusqu'au désir "d'en finir". Pareil avec le sexe. Déjà à un moment ces messieurs ne peuvent plus regarder le ciel, bon ça se complique, je pense que les procédés sont les mêmes. 

Avec l'art c'est autre chose. Je pense que la plupart des artistes sont des névrosés qui sont fixés sur un certain type d'objets. L'avantage quelque part c'est que ces objets sont quand même moins "finis". Il y a plus de champs opératoire disons. 

Cependant le seul objet vraiment infini est "l'objet spirituel". Bon déjà la pratique spirituelle se penche vers les subtils changements énergétiques dans le corps et donc est contradictoire avec telle ou telle fixation sur tel ou tel objet. En quelque sorte on "suit" ces transformations dans le but d'émaner un corps spirituel, fait de qualités supra-mondaines. L'idée serait de passer à l'état d'être créé à l'état d'être émané. D'une naissance charnelle et limitée à une naissance spirituelle et infinie.

Petite parenthèse: l'approche de John Cage au fond fut, pour lui-même et les auditeurs qui le veulent bien, proposer un art libre de l'art. Comme le disait Guillou, "l'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art". Bon. Ceci en proposant une qualité musicale qui littéralement ne peut provoquer de fixations, ni d'analyse cantonnée à l'art proprement dit. S'intéresser à Cage profondément est en un sens s'intéresser à totalement autre chose, et c'est cela S'intéresser à Cage. Bon nombre  pas que Cage proposait une méthode pour réaliser le corps illusoire, mais tout de même il pouvait provoquer un mouvement dans l'esprit qui pouvait amorcer pour tout un chacun une telle recherche.

Donc voir totalement ce qu'il se passe en nous a chaque moment et comprendre ainsi le passé et le pas à faire pour "l'aprés". Quelque part les théories du "ici et maintenant" sont devenues mortifères. Car l'autre, le pas vers, c'est le moyen de sortir un peu de soi, et je crois pas qu'aucun amour ne puisse surgir sans cela, en demeurant sur soi.  Et puis quel soi? 

Bref. Donc jouer avec les énergies, apprendre à se nourrir correctement, et ne pas cesser de grandir. Trouver une petite zone à connaître, à éclairer, future pièce du puzzle du corps à venir. C'est une manière d'échapper à la vieillesse, la maladie et la mort. Au fond c'est l'enseignement de base du Bouddha. Et je pense que ce n'était pas allégorique. Mais bien sûr fixés que nous sommes sur notre mental et corps physique grossier, donc sur notre karma, ben c'est pas aisé à comprendre. 

C'est bien de "vie éternelle" dont il s'agit, mais au fond pas un concept basé sur la peur de notre condition mais sur la vision que notre être, si rien ne le dispose à cela en cet instant peut avoir pour destin celle-ci. C'est peut-être même ce qu'il désire même à travers la fringale de bouffe ou de sexe ou de sport. 

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22 février 2017

intermédiaires...

Je relisais un peu le livre sur la pensée de ce grand maître tibétain Dolpopa, qui fit grand bruit à son époque, et qui contredisait la doxa du moment, sur la vue de la vacuité. J'ai quand même le sentiment, vu que sa pensée à l'air (dans le contexte assez étriqué de ma propre compréhension) limpide et finalement conforme à l'enseignement du Bouddha ("il y a bien un non-né, un non-fabriqué etc etc"...), que les bouddhistes ont tellement tenu à la "voie du milieu" qu'ils ont tout fait pour éviter l'écueil de l'éternalisme (ce qui a finalement pu parfois les faire flirter avec une certaine forme de nihilisme). Bon alors il est question de la vacuité non comme "ceci ou cela" qui serait vide de nature propre uniquement, mais comme LA vacuité comme état ultime de réalisation qui serait vide de phénomènes samsariques ou contaminés. Un jour d'ailleurs, moi (ou plus certainement quelqu'un de plus clair) pourrait faire un article sur les fameuses "trois natures" décodées par ces grand maîtres, à savoir la "nature imaginée", la "nature dépendante" et la nature "ultime" (donc vide des deux premières). Bon on verra.

Quoi qu'il en soit, parfois, pris par la luminosité de ces dires, on peut se laisser aller à la pensée que cette réalité peut être actualisée sans autre forme de procès, sans en passer par des purifications, transformations et autres. Bon au fond, c'est peut-être l'idée sous-jacente du zen et du zazen. On laisse tout passer et ne reste au final que la "sagesse ultime née d'elle-même et incessante". C'est peut-être pour ça qu'on ne trouve pas tellement de détails à la fois doctrinaux et pratiques dans le zen; car le corps qui s'installe sur le coussin, qu'on le sache ou pas, est le corps absolu, et finalement on laisse passer les corps intermédiaires. Oui on peut toujours rêver. En fait je pense que c'est pas si faux, mais que dans les faits, ben walou. 

Pourtant, il en a été largement question dans ce blog, mon contact avec Cage m'a permis d'entrer dans une certaine relation à l'environnement, et si je devais en faire un schéma, dans les moments les plus "parfaits", l'univers est une sphère parfaite, et les objets sonores des rayons lumineux qui traversent la sphère, sans laisser de traces, mais en même temps comme des qualités sublimes, qui à la fois semblent souligner la "sphère céleste" et l'ornementer. Les deux parts (sphère et rayons) finalement étant ni la même chose ni des choses différentes et partageant une même nature essentielle. Et alors, par une sorte d'identification, c'est le corps même qui devient pareille à cette sphère, et les rayons-qualités comme des souffles énergétiques subtils de ce corps, qui "transportent" une certaine félicité au sein de cet "état naturel".

Bien! Ben pourtant ça foire sans cesse. Probablement parce que cet état-là a finalement été récupéré par telle ou telle situation et correspnd maintenant à telle ou telle zone énergétique dans le corps. Ce que je veux dire au fond est que le karma est bien toujours présent, que des êtres dans l'ombre n'ont pas si peur des "états naturels" possibles, et qu'ils le récupèrent de façon inconsciente pour nous. C'est remarquable en un sens le fonctionnement. Mais en même temps on se rend compte que ça va pas tomber tout seul, et qu'avec le zazen "pur" par exemple ben il faut déjà un corps assez pur, une "bonne naissance".

Bref je me questionnais sur les "états intermédiaires". On pourrait rester un moment sur la musique tiens. Disons que nous nous trouvons en présence de quelque chose, soit de très caractérisé, et plus exactement d'une caractérisation qui ne rentre pas dans nos cases, ou de quelque chose qui nous met une pression dans le corps, qui appuie et fait naître un malaise. (Petite parenthèse, des amis et moi réfléchissions sur les émotions, il m'a semblé justement que c'était un mécanisme de protection du corps, qui permet de se libérer un peu de la tension provoquée par tel ou tel stimulus. En fait l'émotion, même de plaisir, me semble être l'expression de quelque chose qui est dans l'instant ingérable en quelque sorte... Parenthèse momentanément close.). 

Bon donc étant en présence de cette situation désagréable, qui est une part de karma qui apparaît dans telle ou telle zone de notre être, il me semble que nous pourrions la connecter à une autre zone, et cela, peut-être, en recontactant certains souvenirs connectés à une zone où les canaux sont plus fluides et qui peuvent évoquer une sorte d'état naturel, et ainsi mêler ces 2 formes énergétiques afin de nettoyer un peu les premiers par les seconds. Je pense qu'il faut arriver à se concentrer alors plus spécifiquement sur la "bonne" zone pour que ce qui est là puisse influer la zone contaminée. Par exemple si je suis en contact avec une musique qui me dérange, je peux aller vers une zone où se trouve ancré un paysage de grande beauté pour moi et qui évoque certaines qualités subtiles et magnifiques, puis y mêler l'état présent afin de le nettoyer. Au fond je me dis que c'est un fonctionnement qui peut sembler naturel à notre "esprit", mais il ne s'agit pas de s'évader ailleurs, mais de connecter deux zones, et nettoyer le karma des zones infestées...

Bon, je vais me faire un chocolat chaud moi...

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18 février 2017

De la méditation

Généralement on entend des "il faut accueillir" ceci ou cela, ou "laisser passer" ceci et cela. Plus ça va et plus je me dis que notre méditation et surtout finalement notre conception de celle-ci est défectueuse. Bon dans le zen finalement la doctrine en générale est plutôt sommaire. Mais il faut dire que beaucoup de choses dans cette tradition repose sur le maître, qui est celui qui va donner les énergies ou les lumières au disciple. Puis il fut un temps où le lignage était emprunt de ces qualités alors le corps des disciples était déjà mieux bâti et donc nul besoin de complexités doctrinales. Par exemple on disait "ni amour ni rejet" mais si on y réfléchit amour et remet sont déjà des conséquences sur lesquelles il me semble difficile de travailler si on ne voit pas le terreau sur lequel ces compulsions prennent naissance.

Autrement dit la conception générale, liée au fameux "tout est déjà là" semble être nous sommes en essence déjà des Bouddhas et il suffit de laisser passer les objets, amour et rejet et tout ira bien. Je pense maintenant que ceci ne peut pas marcher surtout si notre corps n'est pas éveillé à l'énergie d'un lignage et donc nourri des "êtres" qui la portent. Je comprends maintenant  (mon Dieu que c'est long) qu'il faut faire autrement, ne pas se suffire d'une vague impression et rester dans le vague (que l'on confond avec vaste) et se mettre à oeuvrer dans le détail des choses, laisser passer (ouvrir) les objets grossiers pour pénétrer dans leur subtil, puis peut-être de subtil passer encore à plus subtil jusqu'à voir finalement la décomposition des objets, leur dématérialisation. Bref.

Maintenant j'en reviens à John Cage et puis ensuite aux autres musiciens et puis finalement à ce que je pourrais toujours en tirer d'un point de vue de la vision et de la méditation. 

Je dirais qu'il y a plusieurs niveaux d'écoute, donc de relation avec une oeuvre quelle qu'elle soit. La plus superficielle est la relation purement karmique. On aime ou rejette selon ce qui est inscrit en nous, et nous aimons finalement (nous le recherchons) qu'en nous toujours les mêmes souffles soient mis en mouvement, c'est de la réaction totalement conditionnée. De ce point de vue il y a plein de choses littéralement fabriquées comme des fonctions, par exemple celle de provoquer des états mentaux qui font que ceux qui s'y adonnent finissent rapidement comme des drogués. Énergétiquement cela me semble renforcer des "bosses" dans le corps tout en creusant les trous déjà présents, et donc renforcer les déséquilibres dans l'organisme.

Peut-être peut-on aussi avoir un peu plus d'emprise sur soi-même et commencer à écouter quelque chose selon ses mouvements et ses rapports. Cela dit on est si habitué au "vague" qu'il est rare dans un passage d'orchestre à entendre à la fois où d'un instant à l'autre le jeu des cordes par exemple et la petite flûte dans les aigus ou le triangle qui sonne en haut à droite. A ce titre nous confondons donc fixation et concentration sur un point. En effet l'an fixation est une déperdition énergétique qui certes rétrécit la capacité d'attention et son champs. Et là c'est un peu le bal des souffles dans le corps en même temps qui se très fragmenté. Je ne sais pas mieux le dire mais c'est comme je le sens. La concentration sur un seul point serait plus le rassemblement de nos forces, il va se faire au milieu de l'orchestre mais en  même temps sur rien de particulier est lui, donc on pourra toujours dire sur un point de l'espace qui correspond à quelque chose que je ressens comme physique. Alors bizarrement le champs de l'attention changé de dimension, l'esprit est plus dense et sans distraction et il devient beaucoup plus attentif à tout ce qu'il se passe. Comme si cette concentration était comme un fil tendu aimanté qui attirerait tous les détails de l'orchestre vers lui et rendrait tout très précis tout en augmentant la sensation de l'espace dans lequel chaque détail apparaît. 

Bon en même temps je pense qu'en disant ceci je loupe des étapes possibles dans la progression de l'écoute.. Mais enfin. Car avant on peut apprécier une oeuvre pour une qualité qu'elle nous évoque en relation parfois avec notre mémoire, on apprécie les images qu'elle fait naître, on apprend à se sentir bien dans tel style par exemple  (par exemple le style galant chez Mozart ou le romantisme bohème naissant chez Schubert ou la puissance toute germanique chez Wagner.... bref.) Mais cela reste encore superficiel à mon avis. On apprécie en fait des caractérisations qui résonnent avec quelque chose dans notre corps qui est déjà programmé. Y a rien de mal mais ça vaut peut être le coup de l'observer. 

Mais là je reviens à Cage. Il le faut bien c'est un peu son blog.... Comme on le sait il a cherché à libérer les sons de toute sorte d'emprise et de programmation, et bon, lui je ne l'ai jamais rencontré mais il m'apparaît qu'il a finalement oeuvré à élaborer une sorte d'état naturel à travers ses systèmes dynamiques de compositions qui permettraient aux objets de survenir, de durer et de se résorber. Selon leurs propres élans. L'énergie nécessaire à ce que quelque chose se passe finalement étaient les questions que Cage posait à ses systèmes et qu'eux transformaient en objets intellectuels que les interprètes devaient traduire en informations sonores. Ici tout est infiniment individualisé, chaque son état à lui-même sa raison d'être, son propre temps et son propre espace. 

Cette musique ne peut que déboucher sur une forme voir une puissance méditative qui fonctionne depuis la concentration sur un seul point, donc un rassemblement énergétique, afin de percevoir le plus possibles de détails qui vont se mettre à apparaître déjà sous une gigantesque interdépendance. Chaque phénomène est à lui-même sa propre réalité tout en n'étant quelque part en manque de réalité et s'insèrant ou participant d'une réalité supérieure. Chez Cage par exemple la mémoire ne peut pas fonctionner et il est possible que ce soit une raison pour beaucoup d'un désintérêt. Il s'agit là peut-être poétiquement de se souvenir fortement de ne se rappeler rien du tout. Quoi qu'il en soit sa musique échappe à toute saisie  (pas le temps de se relâcher) et demande une sorte d'éveil de l'attention et un éveil physique de tout instant et un abandon de l'attachement à nos programmes sensoriels qui veulent plutôt de ceci et pas de cela. Il faut attraper  (et être attrapé) par ce qu'il y a et trouver la vérité invisible qui "émerge" (ou de laquelle tout émerge) de tout ça. Une manière pour moi d'évoquer cette "verité" qui est un terme vague ici serait d'évoquer le fait que dans cette dynamique de concentration en un point le corps ne se sépare plus de toute chose et se confond avec l'univers. Peut-être notre corps a-t-il comme destin de se savoir être l'univers entier, au-delà de ce que les bouddhistes appellent "origine interdépendante".

Donc bon j'essaie aussi d'évoquer "mon" Cage dans une perspective méditative, de nutrition spirituelle et de progression  dans l'art de la concentration sur le détail des choses et donc sur l'élargissement dimensionnel du corps et de l'esprit. Quoi qu'il en soit il faut tenir quelque chose. Par exemple hier je montais les escaliers à mon boulot pour boire mon café à l'extérieur. A peine les premières marchés montées j'ai pris conscience qu'il y avait une tension vers la porte extérieure. On peut appeler ça "anticipation" et bon cela m'a fait voir combien par cette absence de concentration on perd le fil de notre vie qui devient chaotique. Cela m'a ramené à une constatation faite à propos de la lecture, que fréquemment l'esprit s'échappait du livre pour voguer je ne sais où jusqu'à ce que la concentration revienne. La concentration en un point et donc aux détails de tout instant me semble aussi une manière de ne jamais quitter le fil de notre vie. Au final peut importe que l'esprit "s'echappe" de la lecture, l'important est de relier les points  (qui devraient être de plus en plus rapprochés) de l'attention. Maintenir une puissance de cohésion de plus en plus forte, qui permet de découvrir une profusion de détails en apparence insignifiants d'une part mais aussi d'affiner la perception des objets, de les déshabiller. Et bizarrement il semble qu'ils le permettent bien volontiers si on leur demande correctement. Ainsi si on se concentre sérieusement sur les sons de la rue il se passe plein de choses. D'abord une profusion d'éléments que nous ne percevons pas auparavant, puis un lien qui les unit et donc le passage du chaos apparent à une harmonie voir une intelligence à l'oeuvre, puis une percée des phénomènes dont la réalité n'est pas celle qu'on croit. Au niveau de la perception par cette qualité de concentration il arrive que ouïe, vue, toucher soient ressentis comme des modalités d'un même organe. On peut toucher le goût d'une pomme ou voir des qualités tactiles.

Bon bref. Tout ça finalement pour dire que la méditation n'est que rarement enseignée. Bien sûr cette constatation je la dois à certains qui en ont fait l'expérience. Et ont bien voulu me le dire sans que je le croie si aisément. Je n'y parviens pas pour tout dire mais des petits signes me montrent la véracité pour moi de ces dires.

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16 février 2017

2 perceptions: englobante et pénétrante

Je voudrais aborder aussi cet aspect, qui n'est pas une nouveauté mais une ramification disons. Je ne saurais dire s'il y a un lien direct avec JC pour tous les aspects, certains en tous cas.

Bon le premier aspect, je ne sais si je l'ai évoqué de façon claire ou si de toute manière on peut le déduire aisément, c'est la perception englobante. Le terme n'est m'as forcément adapté, mais il évoque le sens d'une harmonie générale, comme un tableau vivant sans cesse changeant mais incassable. Imaginons un pot en terre qu'on aurait brisé en différents morceaux, on la toujours sous le nez, mais il se refait sans cesse avec différents nombres de morceaux, plus ou moins gros, parfois un seul morceau ou un très grand nombre et pourtant il y a toujours un pot. Chaque morceau a une sorte de réalité bien particulière mais en même temps a un côté illusoire, en tout cas dépendant du pot (et ma foi je souhaiterais bien connaître le potier), lui-même dépendant de l'esprit certes. C'est quand même assez particulier parce que l'esprit doit être concentré sur les morceaux vraiment mais d'une façon suffisamment détachée pour ne pas perdre de vue là globalité du mouvement sans cesse changeant. 

Bon mais il y a le 2ème aspect. Là c'est peut être plus nouveau ici, c'est l'effet rayon laser pénétrant. Au-dessus on parle plutôt du lien entre les objets (par exemple sonores dans la rue) mais là un seul son, prenons pour faire plaisir à tout le monde le bruit d'une mobylette. La question n'est pas de faire du pop art, et de se complaire à aimer les sons de mobylette comme.ceux d'un violon. La question est de pénétrer dans le son, finalement seul moyen d'aller au-delà de l'attraction et la répulsion  (ici à priori plutôt la répulsion). Et en fait on peut découvrir que ce son est pure énergie et activité et qu'en y entrant, en mettant un fin rayon de son esprit dedans le son se décompose. Par exemple on y "voit" des sortes d'effets de granulation en cascade, et même avec des micro-silences au milieu. En fait le son s'ouvre et devient un espace à part entière. Certains sons, ce sont plutôt des enchevêtrement de sortes de filaments, d'autres des plaques de matière indescriptible qui se chevauchent (un peu comme on peut imaginer le jeu des plaques tectoniques), et en fait ce n'est d'une part plus du tout dérangeant  (et ma foi c'est déjà ça de gagné) mais on commence à prendre conscience que les objets sont comme un monde, à l'intérieur duquel il y encore des mondes... Une façon d'aller dans le "micro" et pas que le "macro". Ici je n'émets qu'une hypothèse qui dépasse mon expérience  (on s'en doute) mais pour le peu que j'ai appris de l'enseignement du Bouddha je pense que la réalisation de la vacuité passe par cet infiniment petit, par des détails de plus en plus infimes qui finissent par dissoudre toute forme de matérialité. Mais comme je doute qu'il n'y ait "rien" alors quelque chose doit prendre le relais en lieu et place de la matière plus ou moins grossière que nous voyons habituellement. Et que l'infinité du "ciel" est une réalité qui je pense doit provenir aussi de ce rayon pénétrant dans les objets.

 Cela étant dit je crois aussi que les 2 sortes de perception évoquées ici ne sont pas opposées et même se soutiennent d'une manière ou d'une autre. 

Bon tout ça reste à approfondir...

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Facteur mental?

Pour en revenir succinctement à Cage, je viens de me demander, moi qui me passionnait pour la musique ce qui m'a mis sur la route de cet homme. Parce qu'en un sens il ne donne rien de passionnant à écouter "musicalement" parlant; et ce qui m'étonne toujours lorsque des gens du milieu musical l'évoquent, c'est le fait qu'ils le mettent sur un même plan que les autres. Ça résiste totalement à l'analyse "classique. Ils feraient mieux de faire comme mon prof de fac en musique contemporaine: l'ignorer purement et simplement. C'est extravagant mais bon au moins il n'a pas passé son temps à raconter n'importe quoi et finalement je le remercie car si ça se trouve il m'en aurait dégoûté en m'en donnant une fausse image. Comme quoi parfois il vaut mieux se taire...

Cela étant dit je pense qu'il y avait en moi un "facteur mental" qui favorisait cette rencontre. Et je me demande si ce n'était pas le désir de me libérer de quelque chose, par exemple la musique. C'est qui au passage me questionne sur cette fameuse passion pour la musique. Qu'est-ce qu'une passion qui veut se libérer de son objet? Est-ce de la folie ou de la salubrité? Allez savoir. Mais quoi qu'il en soit, si on a une tendance à apprécier la musique de notre temps il est logique d'entendre un peu de Cage mais totalement improbable de creuser la question. Ce pourquoi je me demande ce qui fonde le désir chez certains de passer leur temps à l'étudier. Personnellement je voulais refaire surgir un certain passé, mettre certaines choses au clair, mais bon passer son temps là-dessus  (Bon sauf si ça peut faire un job bien payé, je pourrais me débrouiller pour faire des conférences tiens, à bon entendeur..)

Mais en fait c'est comme si en un temps donné est apparu un comète  (cette passion pour la musique) avec sa trajectoire et sa dissolution, marquée de 4 lettres: C A G E, fin d'une histoire. Mais si il n'y a pas le désir de tout autre chose en soi à fond je ne conseille Cage à personne (Bon je ne vends pas très bien mes futures conférences...)

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Les royaumes

Je continue de me questionner sur des choses comme la perception. Je pense que c'est très profond. A tous les degrés (peut-être sauf un) tout ce que je peux percevoir n'est autre que mon propre karma, et au fond au lieu de percevoir RÉELLEMENT disons un "objet" je me sers inconsciemment  (ou une entité se sert de mon propre esprit pour se mirer elle-même) de l'objet pour projeter mon karma, si possible en le.podifiant pour croire que pof, ça y est, "j'y suis". Ce pourquoi par exemple si je ne rejette pas ce que j'ai pu dire où écrire ne serait-ce que hier je n'y attache pas tellement d'importance parce que c'est de la manipulation. Je veux dire que peut-être ma perception d'hier est plus fine que celle de l'année dernière mais si ça se trouve mon esprit n'a fait que changer d'entité et de forme karmique. On pourrait dire qu'on remplacé un attachement par un autre, et j'ai le sentiment que plus ils sont subtils, c'est à dire plus l'esprit, les entités et le karma et donc les objets sont subtils plus l'attachement l'est, et plus difficile il est de s'en défaire, je vais finir par comme Yoda parler...

Je sais pertinemment que si par hasard j'ai pu dégager quelques nuages il y en a d'autres derrière, et au fond je ne sais pas combien de couches de crasse plus pu moins épaisse ou subtile il y a dans notre "atmosphère". Cela aussi pour dire qu'il serait absolument dévastateur je crois de penser que je (je dis je mais je suppose que c'est valable pour la plupart d'entre nous) serais au-dessus du niveau zéro, comme il serait dommageable de penser que je serais où que ce soit d'ailleurs, il vaut mieux se concentrer sur le pas à faire. Je veux dire que selon la tradition si on commence à se pencher sur l'étendue du samsara, et donc de ce qui nous sépare d'un corps libéré, je me rends compte tout simplement que ce serait comme un.bateau au milieu de l'océan qui ne verrait de terre d'aucun côté, mais qui imaginerait pourtant avoir déjà accosté. Quelque part c'est juste de la folie.

Le karma et les entités dévorantes qui se sont logées dans ma matière et ont fini par établir une sorte de couche atmosphérique plus ou moins dense, et sur plusieurs étages) qui ne veulent pas abandonner la partie, me semblent très subtilement contraindre le corps et l'esprit (si ça se trouve c'est de la possession) et impriment une force très puissante qui fait apparaître des désirs passionnés, la peur, et d'autres choses qui créent la chose à voir ou percevoir (les illusions disent certains maîtres) et l'attachement qui va avec. Et tout finit par devenir assez névrotique, l'amour pour nos parents ou enfants ou nos chiens et poissons rouges est névrotique complètement. D'un certain point de vue notre activité musicale est aussi de la névrose en barre.

Ce matin je me suis penché sur les différents royaumes (êtres infernaux, fantômes affamés, déités, monde animal etc..) et il m'a semblé être cerné par tout ça. Par cerné je veux dire que tous ces êtres prennent racine en nous et finalement ne me semblent pas séparés dans la mesure où 99% de ce qui se joue en nous dans toutes les situations n'est qu'un jeu dynamique qui passe d'une entité à l'autre, probablement exemple l'avidité du fantôme affamé à pour but de s'élever en déité pour jouir en permanence de ce qu'elle a mangé ou reçu, et comme à cause de l'impermanence ça marche pas et qu'on se lasse du joujou on retombe dans le monde infernal ou animal, c'est selon. Tiens par exemple puisqu'on ne veut ni réfléchir ni donner on va bientôt aller voter pour un nouveau guignol, mais en fait pour un "sauveur" qui bien sûr décevra nos avides attentes et donnera l'énergie aux entités qui se regorgent de plainte et de fiel. Quel cirque. Je ne devrais peut-être pas le dire mais franchement se vautrer ad vitam aeternam là-dedans n'est pas une preuve de salubrité mentale et physique. 

Bref. Je pense que, au moins en partie, la pratique de la méditation est dédiée à se voir ou s'imaginer dans ce cirque, corps esprit et parole totalement dirigés par ces entités  (toute cette masse de karma) jusqu'au dégoût. En fait ce dégoût est absolument nécessaire je crois mais il s'accompagne toujours j'ai le sentiment d'une subtile joie, celle qui est reliée probablement au fait de voir, tout simplement voir. Alors par conséquent plus on voit plus on connaît cette joie subtile et je me demande si c'est pas pour cela que certains saints demandent de plus en plus d'obscurité ou de difficultés, parce que peut-être plus il y a d'ombre plus il y a là possibilité de lumière. 

Bon je vais pas alourdir mon cas pour aujourd'hui je verrai plus tard si j'ai mieux à raconter.

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14 février 2017

Musique-Être...

Bien sûr, d'une manière probablement maladroite et trop molle je cherche à transformer quelque chose radicalement en moi; bien sûr je cherche à "connaître" Dieu ou l'état naturel...Mais je ne sais pas grand-chose, à propos de Dieu, de la Sainte Trinité, du corps de gloire, en fait de la seule chose qui est à mon sens capable d'apporter le seul et véritable bonheur à l'Homme... Et alors comme sur un autre espace il était question de la déprime, je me demande comment ne pas déprimer, dans cette vallée de larmes-samsara... Mais bref.

Alors il y a aussi le karma. Peut-être ne s'avoue-t-on pas plus ou moins profondément que nous ne pouvons pas changer. Peut-être avons-nous tel ou tel bagage et va falloir faire avec. Bon. Mais là je regarde ma vie avec la musique et je remarque quelque chose. Bien sûr il y a un fait: depuis mon plus jeune âge je me sentais attiré par les stimuli sonores et bon plus ou moins ce qu'on appelle musique. Je me souviens que chaque fois que quelque chose se jouait à la radio ou autre je saoulais mon père de questions là-dessus, mon père parce que petit j'avais la tendance à croire que mon père était Dieu et qu'il savait tout. Bien sûr en musique il savait rien, j'aurais été plus avisé de m'intéresser à la mécanique, là j'aurais eu des réponses. Mais Dieu n'en a pas voulu ainsi visiblement. Je me suis donc acharné sur ce qui me touchait le plus (résultat même enfoncer une vis dans une planche risque de m'envoyer aux urgences...), d'ailleurs contr ventes et marées, parce que la musique, dans la famille, c'était éventuellement un passe-temps sympa, mais guère plus, et surtout pas plus.

Toujours est-il que cette force a bien semblé être inarrêtable, faisant même fi de mot français plus que douteux (...) et si je m'étais contenté de mes premiers émois et probablement de la forme d'esprit qu'une sorte d'objet que l'on fréquente fait prendre j'en serais encore à écouter du rock'n roll. D'une certaine manière j'ai passé mon temps à modifier encore et encore mon karma, ma forme sur ce plan. J'aurais aussi pu m'arrêter sur des formes musicales certes très élaborées, mais là encore Dieu n'en a pas voulu ainsi. Je parle de cette force qui peut percer toutes les murailles, qui ne regarde jamais ses propres accomplissements ou ses formes impermanentes mais l'impermanence même, le fait de faire toujours un pas. Pas forcément en avant, parfois sur les côtés etc... En bref par la musique j'ai quand même à mon avis modifié ma forme interne un certain nombre de fois. Ce qui est important parce que cela renouvelle quelque chose intérieurement (et donc extérieurement), et il n'y a pas de félicité possible sans le renouvellement, le remodelage que seule l'accord avec l'impermanence permet. 

Bon et finalement cette course arrove sur Cage. Là c'était réellement comme un "accomplissement". Parce que la musique de Cage pour moi ne s'est jamais regardée, admirée, elle parle certes de musique mais en réalité sur un autre plan pas du tout. Il y a les deux. Comprendre Cage m'a permi aussi de le lâcher totalement, lâcher toute sorte d'attachement névrotique à la musique, voir en un sens à la forme. En un sens je n'ai plus besoin de musique, parce qu'elle s'est totalement incrustée partout, partout, en taisant son nom. Un son, le vol d'un oiseau, une pensée, le regard d'une personne, toucher une matière, tout cela finalement est de l'énergie, un mouvement dans le ciel, qui rend le ciel presque palpable et en même temps en souligne l'infinité, la beauté intrinsèque. Je me fous un peu des conneries que Cage a pu raconter, notamment sur le zen qu'il appéciait tant et disait en avoir tiré beaucoup d'influence sur sa pratique (d'ailleurs il avait l'intelligence de ne pas trop en parler par peur de dire des bêtises), il m'a appris à être, à communier, physiquement, avec l'univers. La collusion de cela avec ma pratique de zazen a finalement joué. J'ai vu que certainement la pratique de la méditation n'apporte pas la paix mentale, on pourrait dire que la paix mentale apporte tout autant la méditation, mais je crois que l'un et l'autre se trouvent dans l'atmopshère, disponibles. Il y a un effort terrible à faire pour l'attraper, la manger et la laisser nous modeler, mais cet effort est d'une nature particulière. Je ne saurais en parler vraiment. Mais quand on communie avec l'univers, à travers ses objets qui s'ouvrent et laissent apparaître des qualités qui sont bien au-delà de l'objet, alors il n'y a plus de place pour penser, se faire des noeuds, l'impermanence est trop intense pour s'arrêter sur des impressions, des émotions, des états. Cette communion me semble à la fois pure sensibilité, tout autant que "lumières intellectuelles".

Un jour, alors que je faisais mon service militaire, je me trouvais dans un terrain vague, morne, sous la pluie. J'atais habillé de kaki, le terrain était kaki, le ciel était kaki. Puis pof, en marchant, je tombe sur la carcasse d'un briquet bleu. Ca a stoppé illico mon "kaki intérieur", àa m'a littéralement réveillé, a provoqué une sorte de reflux de l'énergie ne moi et je me suis trouvé en accord totale avec la merveille des choses, de ce monde. Tout était alors différent, l'imrpession aussi d'être vivant, un corps qui tourne rond, un esprit sans frontières. Je n'étais plus à l'armée, il n'y avait plus de kaki, le "poids du kaki".

Je ne sais toujours pas à propos de Dieu, de la Sainte Trinité; mais parfois, parfois, un souvenir me dit que quelque chose qui ressemble à l'état naturel a pu être plus ou moins actualisé. Je n'en sais rien, mais ça rend difficile après de vivre certaines situations vampiriques qui tentent de nous en faire sortir, pas à cause de la situation proprement dite, je pense, mais parce que ce n'est pas assez ancré.

J'y reviendrai. Pour l'instant une pièce de celui qui fut le meilleur disciple de Cage, j'ai été assez triste d'apprendre son décès il y a 2 ans, Walter Marchetti, qui avait décidé d'établir une sorte "d'El Dorado" sur terre... Ici sa "nature morte", pièce pour piano sans accompagnement, jouée sur un seul octave du clavier, dans les résonances...

 

 

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13 février 2017

John Cage et l'indétermination

Comme on sait, on lui en a fait dire des choses à JCage... Le grand défenseur du "hasard" (chance en anglais) et de l'indétermination... Franchement des concepts assez vides de sens, qu'on attribue aux gens pour finalement ne pas s'intéresser à eux, et les cataloguer vite fait bien fait...

Il y a cependant une "histoire" de l'indétermination dans sa musique, liée pour la plus grosse partie aux nécessités, aux contingences. Tout finalement est donc assez pragmatique à la base. Au début de sa carrière il n'écrit que pour percussions. Il était épris d'une vague idée selon laquelle les objets ont une âme, et que celle-ci serait leur potentialité sonore. Bon il est musicien... Donc il tentait de faire sonner tout ce qu'il trouvait, gentes de bagnoles et autres tôles, ce qui en plus, vu son état de finances, lui pemettait de s'en sortir pour pas cher. Par contre, l'attitude intérieure était plus "essayer et être à l'écoute de ce qu'il se passe, et ainsi modifier les conceptions et les perception" que "je sais ce que je veux obtenir et ce sera ça et pas autre chose". Il était un peu l'anti-rigidité même en quelque sorte.

Alors la chose la plus connue de lui, qui l'a rendu célèbre, le piano préparé. Au moment de cette découverte (et non d'une invention), il ne composait encore que pour percussions. Une petite troue de théâtre lui demande une partition pour une pièce, et donc il écrit une partition pour percussions. Trois jours avant la date de la première, il se rend sur le lieu, pas de place pour mettre les instruments. Par contre trônait dans un petit coin un piano, donc ce sera piano et rien d'autre. Donc son "histoire percussive" va rencontrer l'histoire du piano (bon en plus c'est déjà pour partie un instrument percussif) et va en fair réellement un instrument à percussion en intégrant des petits objets hétéroclites entre les cordes. Franchement, on ne sait pas parfois d'où peut venir une idée... Toujours est-il qu'il s'entête et transforme l'instrument. Néanmoins, la partition sera écrite de façon classique, il "compose" une pièce pour piano en "écoutant intérieurement" et notant les notes sur des portées. Cependant, je crois que ce qui va déterminer quelque chose qui deviendra un fil rouge est qu'en actionnant les touches du piano pour jouer les notes écrites, hé bien on obtient autre chose. Quelque chose d'imprévu. Et je crois bien que cette qualité d'imprévision s'étendra petit-à-petit jusqu'à la source même de sa façon de travailler, de concevoir la musique, de l'écrire. Ainsi, petit-à-petit, il "inventera" plus d'une centaine de notations musicales différentes, des partitions écrites de façon "très précisément imprécises" afin disait-il que l'interprète puisse s'en faire une idée toute personnelle et l'amène à découvrir des choses qu'il ne pouvait prévoir.

Tout va être sens dessus-dessous, dans la mesure où l'acte créatif sera de plus en plus collectif, chacun ayant sa part entière de créativité. L'auditeur y compris. Jouer la musique de Cage nécessite de s'intéresser à son esprit, à la musique, à soi-même, cultiver ce désir de découvrir, et finalement de se changer soi-même. Il faut en quelque sorte être "vide", pas au sens de rien mais de "l'énergie du vide", qui est une attitude subtile de l'esprit fondée sur l'altérité, la rencontre de l'autre, que ce soit un être ou un son. Attitude autant physique (surtout) que mentale. Et surtout, si on le suit bien, cette attitude de ne jamais stagner nulle part, de toujours faire un pas, par l'énergie présente. Un maître zen disait que l'impermanence était la nature-Bouddha, on a voulu conceptualiser cela et faire de cette impermanence une entité, mais c'est une façon de dire que nous devrions sans cesse nous ouvrir, nous nourrir, et au fond de créer un nouveau corps, à travers des conceptions qui fondent et actualisent une autre perception.

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Bon, j'ai toujours eu du mal avec les gens hautains, qui nous regardent de haut. Pourquoi? Peut-être voulais-je me mettre plus haut moi-même! Quelle violence et névrose là-dedans. Car au fond "tout devrait être supportable", et même utilisé pour croître. Et pof, ma névrose se met en route ce matin envers une personne hautaine, qui affichait sa religion et regardait tout le mond de haut. Bien sûr ça n'a pas loupé, mon premier mouvement était négatif. Tout se passait uniquement au niveau mental, (sauf des mauvaises vibrations physiques) là où finalement rien de bon ne peut se passer. Mais (tout cela était assez rapide) mon mental a bien voulu cesser son manège et tout est subitement devenu physique, la perception était finalement bien plus bas. Quelque chose s'ouvrit vers le bas, et une subtile énergie remonta vers le haut, reliant plus d'ailleurs les "parties" de l'être et alors, le "haut" se chargea de recevoir cette énergie et conçut une sorte de "peine" devant cette personne (je veux dire que l'agressivité se changea en "compassion"), de devoir rassembler autant d'énergie pour paraître si hautaine... Bon attention, je ne l'aurais pas demandée en mariage (c'était une fille), je crois pas que ça lui aurait plu d'ailleurs... Je veux dire que la compassion se situe sur un certain plan, et finalement dépasse totalement la personne qui en fut l'apparent point de départ (en fait cette compassion était un point précis dans le corps qui en quelque sorte réinventait la personne en face finalement), mais les réalités pratiques continuent leur route. Bon et moi-même je me suis dit que c'était bien triste de dépenser son énergie à réagir stupidement à quoi que ce soit, de façon compulsive, et de dépenser sa précieuses existence humaine à cela...

Bon bref il semble quand même qu'il y ait des lois, physiques, qui font qu'une énergie doit passer par tel endroit et non un autre, afin de bien circuler et changer conceptions et perceptions, diluer un peu les rigidités. On ne peut pas changer le mental par le mental, disons, c'est par le corps que cela peut se passer. Au fond la zone du ventre est un excellent "moyen d'être-au-monde", et alors les organes supérieurs bien nourris "par le bas" peuvent redonner au monde de façon plus claire, plus appropriée, peut-être plus "aimante".

En tous cas il n'y a rien d'insupportable "à l'extérieur", tout est projection de nos propres tensions finalement. Alors cet "extérieur" est là pour nous faire progresser, et finalement transformer aussi "l'extérieur" qui, par toutes petites touches, peut passer semble-t-il de sol impur à une terre un peu plus pure...

 

 

 

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11 février 2017

rapports

Je réalise quand même, par le fait que certaines musiques me sont difficiles à écouter, je veux dire du mal à vivre réellement et naviguer avec, qu'il y a plusieurs faits qui sont à l'oeuvre. Mais en gros c'est bien souvent une histoire de karma, autrement dit des cristallisations énergétiques qui sont devenus quasi-constitutives de notre terrain, et à partir desquelles poussent bien malgré nous en quelque sorte des effets comme attraction et répulsion. On nous bassine avec le fait que "si on cesse avec attraction et répulsion" tout sera facile, mais on nous dit pas comment et surtout on nous parle pas du terrain sur lequel fleurissent ces choses. Cela donne le sentiment que notre corps, plutôt que d'être vivant, je veux dire constitué de fibres souples et vivantes par lesquelles tout peut circuler naturellement et sans encombre est fait de diverses plaques tectoniques plus ou moins "solides" ou épaisses qui bloquent les énergies.

Bon par exemple si j'écoute de la salsa une plaque tectonique qui semble emprisonner un petit bout de ma conscience va se mettre en branle, ma conscience va bouger, se mettre à faire fleurir tout un tas d'opinions pour justifier le malaise et mon corps va sembler hurler qu'on le libère de ce sacrilège. Parfois aussi, dans des musiques moins typées, j'ai l'impression parfois de plus être en présence du karma de l'auteur que de "musique". Il y a donc un conflit d'intérêt si on peut dire, deux plaques tectoniques, plus ou mojns intérieures et extérieures qui entrent en collusion et décidément ne peuvent pas s'aimer. Inversement je peux aimer telle ou telle musique sans me poser de questions, mais il se trouve que là aussi c'est affaire de karma, deux plaques tectoniques qui entrent en communion si on peut dire (ce qui n'a guère de substance et ne transforme rien) et donnent l'illusion du bien être, par exemple.

Et je crois qu'il en est de la musique (dans une certaine mesure) comme des gens entre eux. On peut voir l'illusion quasi-totale de ce que peut être "l'amour" alors, qui n'est guère plus qu'un coup de bol, deux entités qui se reconnaissent un temps et vont se trouver bien l'une et l'autre ensemble, mais voilà, ces deux entités n'ont pas de substance, ne sont pas fixes, le terrain dessous est mouvant, et un jour elles se lassent et se quittent, et "nous", pris dans l'illusion, on se plaindra, ce sera des "trahisons", et je sais pas trop quoi encore.

Il y a des musiques qui me vitrifient littéralement, qui glacent la matière en moi: je sais plus quel compositeur classique m'avait fait cet effet, mais il y avait un tel effort pour le "beau son" ou les "belles harmonies" que ça me semblait une sorte de dictature effroyable, des pattes immondes sous un dehors aimable qui voulaient me prendre dans ses griffes...

Bon bref. Toujours est-il que je pense que notre rapport, la manière dont nous nous plaçons, corps et esprit devant une musique ou un être n'est pas le bon. Il faut une interface en quelque sorte, et pas se plonger tête baissée, pensant que telle musique ou tel être vont nous apporter ce que notre avidité aveugle demande. Et qui finira par la déception.

Je dirais qu'un aspect du "bon" rapport est assez "scientifique", ce qui n'est pas du tout naturel en quelque sorte. C'est l'anti-avidité. S'arrêter au seuil de l'autre, ce qui permet de percevoir plus précisément ses qualités. Mais s'arrêter ainsi à mon sens sert surtout à faire apparaître un "espace", un "chaudron" qui permette les mélanges, un "lieu" ou l'unité peut se manifester par l'altérité "permissive". Quelque part cette interface serait comme un corps étranger mais qui serait plus notre que le notre. Il le surpasse. L'englobe de manière énergétique. On y laisse à sa porte toutes nos connaissances cristallisées, et on peut s'y abandonner, je veux dire s'ouvrir à des découvertes inattendues, à l'ouverture des objets ou des êtres qui ne sont alors plus solides mais des processus "fractals" et infinis, ce qui permet de fluidifier notre propre structure et faire un peu bouger les plaques tectoniques et nettoyer le terrain.

C'est par exemple comme cela que j'ai pu entendre Mozart qui n'était pas karmiquement naturel si on veut pour moi. Alors tiens, j'ai lu un article d'un gars sur Cage, qui en parlait comme d'un musicien "radical" (sous-entendu par rapport à l'histoire de la musique) mais si radicalité il y a, c'est justement parce qu'il est à une frontière bien difficile à localiser, mais qui est une ligne vivante entre un karma total et un non-karma. C'est-à-dire que comme la méditation, si on s'assoit à partir des agrégats conditionnés, c'est du "suicide".

Bon un petit truc musical, chacun fera les liens qu'il veut, le Socrate d'Erik Satie. Il y a là quelque chose d'infiniment familier et d'infiniment étranger, j'avais fait il y a longtemps une transcription pour guitare de toute l'oeuvre (au départ c'est pour piano mais Satie l'a orchestrée plus tard) et j'avais été époustouflé par sa construction, qui ne ressemble vraiment à rien d'autre. Bon on a de la chance, au niveau des versions orchestrales celle-ci est, de loin, la meilleure...

 

 

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10 février 2017

la musique et le silence

J'ai eu avec des amis hier une discussion à propos du silence dans la musique, et comment nous, nous pourrions l'intégrer dans notre musique. Je sentais une propension, ou un attrait pour ce silence, mais j'ai remarqué que nous ne savions absolument pas le faire.

Il faut dire qu'aux 2 tiers, les membres du groupe viennent du jazz, musique finalement assez difficile à comprendre, au sens de la vivre. Très franchement, je pense que le silence est une notion qui ne fait absolument pas partie de l'univers mental du jazz. Ca n'existe tout simplement pas. Si on regarde, le jazz est une manière de chevaucher le temps de façon très particulière et paradoxale, d'où sort une vibration physique particulière qui finit ou se prolonge par la danse. Paradoxale car en fait, si on écoute l'élément fondamental de ce qu'on appelle le "swing", c'est cet élément de la batterie appelée la "ride", grosse cymbale sur laquelle le batteur fait sonner le temps. Mais il le fait de façon à toujours "devancer" le temps, ce qui donne au corps de l'auditeur l'impression de faire un micro-pas vers l'avant, d'être "tiré" vers l'avant. En même temps les phrasés du soliste font exactement l'inverse, ils phrasent, de façon ternaire (alors que tout est écrit en binaire) en tirant en arrière par rapport au temps. Cela crée une tension qui est au fond la nature même du jazz. Après bien sûr on aura par exemple le pianiste qui fournira de l'harmonie et de la couleur, mais on est déjà dans la périphérie. Tout cela est absolument in-notable, c'es une "manière", un "feeling". Donc c'est par excellence une musique de facture horizontale, qui se façonne sur le temps et la pulsation qui se donne à travers un jeu paradoxal. Bon c'est africain en quelque sorte tout de même, en plus ce "mélange" binaire ternaire, si on y rajoute le blues qui est la superposition majeur/mineur...

La tradition classique est très difrérente. Le silence y existe mais de façon exogène. Il va par exemple ponctuer la fin d'une phrase, un peu comme un point lorsque nous parlons et finissons un propos. A mon avis sa facture est beaucoup plus verticale, c'est quand même un peu me règne de l'harmonie, ce qui donne bien souvent une qualité de "noblesse aristocratique" (j'ai écouté du Couperin il n'y a pas longtemps c'est gros comme un camion). Sur la verticalité, même si on pourrait se questionner sur Machaut par exemple, Bach en est le cas central. C'est une architecture verticale, de l'équilibre (à savoir que les motets d'un Machaut par exemple sont fabriqués à partir de méthode d'architectes qui fabriquaient les églises, et donc il utilisait le nombre d'or ou les séries de Fibonacci, ce qui évoque un Corps finalement très équilibré). Mais bon tout cela étant assez schématique et simplificateur mais je crois que ça reste assez juste.

 

Le silence dans toute sa splendeur, à mon avis on peut l'entendre dans un gagaku japonais. Ici à mon écoute les sons sont beaucoup moins signifaints en eux-mêmes, et on les sent provenir d'une atmosphère qui est le silence à proprement parler, contenant toutes les qualités possibles. Les sons semblent tirés de cette atmosphère, et je trouve que la facture de cette musique est très "sphérique".

Bon, il n'y a pas l'idée de dire que les peuples et leur méditation sont différent par nature, mais il semble tout de même qu'il y en ait, des différences, des accents différents très marqués.

Et à mon avis, un des compositeurs occidentaux à avoir intégré une sorte d'atmosphère/silence de façon assez nette est Erik Satie, dans à peu près toutes ses oeuvres. Si on se concentre sur les aspects mélodiques, rythmiques, harmoniques, bon, c'est pas forcément folichon, en fait ces choses sont chez lui beaucoup moins signifiantes.Mais si on l'écoute depuis ce principe alors c'est tout à fait autre chose, il est plus "blanc" et rond. 

Bon! Tiens j'acoutais ça récemment. Et là aussi c'est assez paradoxal. On découvre d'une certain point de vue une musique à la fois très caressante, "belle" en quelque sorte, et en même temps étrange. Pourtant il y a pour moi une chape de verre au-dessus. Déjà, on sent une frontière nette, une sorte de tunnel dans lequel la musique est ses modulations sont circonscrites. On sort pas du cadre. Mais en plus je sens que toutes les modulations qui semblent aléatoires ont pour origine une sorte d'intelligence artificielle, un "programme" (ce qui la rend très éloignée des gagaku...)... Mais ça reste étonnant, à la fois touchant et infiniment "extérieur"...

 

 

 

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